Les matches pour la troisième place sont souvent synonymes de spectacle et de buts. Celui de samedi, entre l'Allemagne et l'Uruguay, n'a pas dérogé à la règle, puisque l'Allemagne s'est imposée au terme d'un match riche en réalisations (3-2). De cette rencontre entre deux équipes forcément déçues de ne jouer que la petite finale, on peut retenir plusieurs enseignements.
En premier lieu, le trophée de meilleur jeune du tournoi ne devrait pas échapper à Thomas Müller. Le prodige du Bayern Munich, 20 ans, a logiquement dû déposer Giovanni Dos Santos et André Ayew, les deux autres nominés, en inscrivant son cinquième but du tournoi (19e). Ce qui en fait le meilleur buteur de l'édition 2010, en compagnie de Sneijder, Villa ou autre Forlan, qui a inscrit un superbe but ce soir, celui du 2-1. L'attaquant uruguayen, qui figure parmi les 10 nominés pour le titre de meilleur joueur du Mondial, a été digne de cet honneur. Il a d'ailleurs frappé la transversale sur un ultime coup franc à la fin du temps additionnel.
Le deuxième enseignement, c'est que Miroslav Klose n'égalera pas le record de Ronaldo. Auteur de quatre buts depuis le début de la compétition, ce qui lui permet d'atteindre un total de 14 sur les trois dernières éditions, l'attaquant du Bayern Munich n'est pas entré en jeu, à cause d'une douleur au dos. Son total ne devrait plus augmenter, puisqu'à 32 ans, il a certainement participé à sa dernière Coupe du monde. «Il voulait vraiment jouer, mais après l'entraînement de samedi matin, il m'a dit qu'il ne pouvait pas tenir sa place. Il était déçu, mais il savait qu'on ne pouvait se permettre d'avoir un joueur seulement à 80%», a expliqué Joachim Löw après la rencontre.
Le troisième et dernier, c'est le sans-faute de Paul le poulpe sur les matches de l'équipe d'Allemagne. Le céphalopode n'a pas usurpé son surnom de Monsieur 100% en pronostiquant, pour la septième fois depuis le début du Mondial, le résultat correct de la Nationalmannschaft. Les Allemands, qui voulait le déguster en raison de son pronostic exact pour la demi-finale, vont certainement apprécier de nouveau cette star naissante. Les Pays-Bas peuvent d'ailleurs trembler dimanche en finale, puisque Paul a pronostiqué une victoire de l'Espagne. - Alexis DANJON
Forlan : «Spectaculaire»
Diego Forlan, l'attaquant de l'Uruguay, n'était nullement déçu par la défaite de la Celeste contre l'Allemagne samedi (2-3). «Au début, on n'aurait jamais pensé goûter à un tel moment».
Forlan a marqué son cinquième but samedi. (AFP)
Diego Forlan (attaquant) : «Finir dans les quatre premiers, c'est spectaculaire. Au début, on n'aurait jamais pensé goûter à un tel moment. On voulait cette troisième place, mais on reste sur le positif. On a essayé d'arriver en finale et on n'y est pas arrivé, mais on a savouré ce Mondial, où on a joué sept matches. Ce soir, il nous a manqué peu de chose, on était beaucoup mieux en deuxième mi-temps, mais on a fait quelques erreurs et on a perdu. En qualifications on était bien, même si on n'avait pas forcément les résultats, mais bon, l'équipe s'était qualifiée pour le Mondial, où on a montré qu'on avait fait du bon travail. C'est terminé et maintenant on va se reposer. Voir tant de maillots et drapeaux urugayens, c'est spectaculaire».
Jorge Fucile (défenseur) : «Je suis fier de ce qu'on a fait, on a été au niveau, parmi les quatre meilleurs. On méritait un peu mieux vu les circonstances du match. C'est la différence avec les grandes équipes comme l'Allemagne, qui ont la chance qu'on n'a pas, elles ont la tête froides et toujours ce petit quelque chose qui permet de gagner. Pour l'Uruguay, c'est le début d'un nouveau cycle, l'Uruguay est là où il doit être. Personnellement, je suis heureux de ce que j'ai fait, j'ai montré au monde qui est Fucile».
Diego Perez (milieu) : «C'est une sensation bizarre: l'Uruguay a fait un bon match, on a marqué deux buts, comme contre les Pays-Bas, et on perd quand même. L'Uruguay a montré dans ces deux matches qu'il avait progressé, qu'il avait davantage le ballon, mais il a manqué quelques détails. Il me reste une saveur amère de pas pouvoir offrir cette dernière victoire au pays. Il faut retenir le positif de cette expérience, même si on a fait des erreurs qu'on ne peut pas se permettre contre des équipes aussi fortes. Forlan? Excellent, c'est le reflet de tout l'Uruguay, il a réussi ce que l'Uruguay attendait de lui. On part l'esprit tranquille, fier du travail effectué depuis quatre ans, sans oublier qu'il nous reste des lacunes». (AFP)
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Khedira : «Nous sommes heureux»
Après la victoire contre l'Uruguay (3-2), Sami Khedira était partagé entre deux sentiments. «Évidemment nous espérions tous mieux», a concédé le milieu de Stuttgart, mais «nous sommes heureux de l'avoir emporté».
Le milieu de Stuttgart est satisfait de la troisième place acquise pour une équipe aussi jeune que l'Allemagne.(REUT)
Sami Khedira (milieu) : «Évidemment nous espérions tous mieux, mais finalement ce match pour la troisième place était aussi une finale que nous voulions absolument gagner. Nous sommes heureux de l'avoir emporté. Dans ce Mondial, nous étions une équipe très jeune et nous avons posé un jalon. Mais évidemment nous espérons obtenir plus dans l'avenir».
Bastian Schweinsteiger (milieu) : «Ce match était très important pour nos supporters en Allemagne, qui nous ont soutenus comme des fous. Par chance on a gagné, et pourtant la déception de la demi-finale était encore là. Tout n'est pas tout rose. On a été mené, on est revenu, ça prouve le caractère de cette équipe. Je suis très fier de jouer dans cette équipe. Il faut regarder vers l'avenir, on peut encore réussir beaucoup de choses».
Cacau (attaquant) : «Ils voulaient eux aussi absolument la troisième place, mais on a montré du caractère et on est revenu, on est très heureux. C'est bien que ceux qui sont rentrés aient tout donné et à la fin ça a marché. C'était important pour moi de rejouer et je suis content que l'entraîneur m'ait fait confiance, même si malheureusement je n'ai pas marqué». (AFP)
Foot - CM
Tabarez : «Continuer sur cette voie»
«Oscar Tabarez, êtes-vous déçu de cette défaite ?
Ce match a été disputé par deux équipes qui avaient vraiment envie de terminer à cette 3e place, par deux équipes qui ont tout donné. On a fait une erreur de trop, mais on a montré ce dont on était capable. On a montré qu'on pouvait rivaliser avec n'importe quelle équipe dans le monde. Oui, on a perdu ce soir, mais on aurait pu gagner, car je ne crois pas que l'Allemagne était meilleure que nous ce soir. Il faut féliciter mes joueurs pour ce qu'ils ont fait aujourd'hui et durant le tournoi.
«On a montré qu'on pouvait rivaliser avec n'importe quelle équipe dans le monde»
Où s'est fait la différence entre les deux équipes ?
On a fait trop d'erreurs en défense et on a aussi gâché un certain nombre d'occasions, alors que dans un match comme celui-ci, les occasions sont rares. Quand on a encaissé ce deuxième but, on dominait et l'Allemagne n'était pas au mieux, c'est pour moi le tournant de ce match.
Quel bilan tirez-vous de ce Mondial 2010 ?
On a fait un très bon boulot défensivement et offensivement. Et fait preuve de beaucoup de détermination et d'ambition. Bien sûr, on a été surpris de constater qu'on n'est pas si loin des meilleurs. Le chemin à suivre est clair pour nous: il faut continuer sur cette voie. L'Uruguay a été l'une des surprises de ce tournoi, on ne se rend pas encore compte de ce qui s'est passé chez nous. J'ai reçu vendredi un courrier électronique d'une dame que je ne connaissais pas et qui me disait «merci, merci d'avoir changé l'image de notre pays». Je suis surpris, c'est toute la beauté du sport et du travail sérieux que l'on a accompli». (AFP)
Löw : «Un tournoi remarquable»
Après la victoire samedi contre l'Uruguay (3-2), Joachim Löw s'est dit «particulièrement fier» de son équipe qui «a livré un tournoi remarquable».
Joachim Löw a tenu à rendre hommage à ses joueurs après la victoire contre l'Uruguay.(REUT)
«Joachim Löw, comment avez-vous trouvé votre équipe trois jours après sa défaite en demi-finale ?
Après la défaite contre l'Espagne, il était clair pour tous qu'il fallait gagner ce match pour finir ce tournoi sur une victoire. Je félicite mon équipe pour sa volonté et ses ressources morales, notamment en seconde période. Je crois que cette victoire est méritée.
Quel bilan dressez-vous de ce Mondial ?
On a livré un tournoi remarquable. Il y a 8-9 semaines, on ne pouvait même pas espérer cela à cause des blessures et des forfaits, mais les joueurs ont travaillé dur à l'entraînement, ils ont marqué beaucoup de buts, ils ont donné une image fantastique sur le terrain et en dehors du terrain. Ils ont été sérieux, respectueux les uns des autres, ils ont travaillé les uns pour les autres et je suis particulièrement fier de cette équipe.
Malgré cette 3e place, l'Allemagne a encore des progrès à faire pour arriver au niveau de l'Espagne...
Je n'ai aucune raison après ce match d'être déçu. Je l'étais après la défaite contre l'Espagne, le jour après aussi, mais j'ai vite senti que les joueurs avaient envie de se battre, c'est le propre des champions. On aurait bien sûr aimé disputer la finale, mais cette finale était belle aussi avec cette bonne ambiance. On rentre chez nous avec un incroyable sentiment de bonheur. Je dois avouer que je suis content aussi de partir bientôt en vacances, les six derniers mois ont été très intenses». (AFP)
Tabarez veut poursuivre l'aventure
Après la défaite de son équipe dans le match pour la troisième place contre l'Allemagne (3-2), Oscar Tabarez a indiqué samedi qu'il aimerait rester à la tête de la Celeste qui a réalisé en Afrique du Sud son meilleur résultat depuis 1970. «Je suis plus proche de la fin de ma carrière que du début, mais je me sens OK physiquement. Cela m'intéresserait de poursuivre avec l'Uruguay, mais ce n'est pas le moment de parler de cela», a-t-il déclaré.
«Je ne veux pas donner l'impression que je suis demandeur de quelque chose. A partir de ce soir, mon contrat est terminé et je ne suis plus sélectionneur de la Celeste. Tout ce qui va se passer va dépendre des propositions qui vont arriver», a poursuivi «El Professor». Agé de 63 ans, Tabarez est en poste depuis mars 2006. (Avec AFP)
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Tabarez surpris pour Suarez
Oscar Tabarez a été surpris samedi soir que les spectateurs sifflent systématiquement Luis Suarez lors du match pour la troisième place du Mondial contre l'Allemagne (2-3). «C'est difficile d'expliquer la réaction des gens. Ils veulent le punir, mais ce qu'il a fait peut arriver à n'importe quel joueur», a-t-il déclaré. «Je comprends que le Ghana était le dernier espoir de l'Afrique, mais les Ghanéens ont raté un penalty et se sont inclinés aux tirs au but», a souligné le sélectionneur de la Celeste.
Tabarez s'en est pris à «la presse britannique qui a attisé le feu de cette polémique» : «Mais pour nous, ce qui s'est passé ne change pas l'image qu'on a de l'Afrique du Sud, de sa grande hospitalité», a-t-il insisté. A chaque fois qu'il touchait le ballon, Suarez était copieusement sifflé par une partie des 36.000 spectateurs du Mandela Bay Stadium qui n'avaient pas digéré son geste en fin de prolongation du quart de finale contre le Ghana, lorsqu'il avait repoussé de la main un tir ghanéen devant la ligne de but. (Avec AFP)
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Forlan, le mérite lui en revient
Diego Forlan a marqué de son empreinte ce Mondial 2010. Ses cinq buts, sa classe et sa combativité ont permis à l'Uruguay de retrouver les sommets.
Avec ses cinq buts marqués lors du Mondial, Diego Forlan finit la saison avec un total de 36 réalisations toutes compétitions confondues.(EQ)
Il n'était pas le plus attendu. Pourtant Diego Forlan a bien été l'une des stars du Mondial sud-africain. Parmi les Messi, Ronaldo, Rooney, Kaka et autre Ribéry, c'est bien lui qui a crevé l'écran. Avec cinq buts marqués en sept matches et une place de quatrième avec l'Uruguay, l'attaquant de la Celeste se souviendra longtemps de sa deuxième Coupe du monde. A 31 ans, il s'agit sans doute de sa dernière. L'apothéose d'une carrière riche mais chaotique, durant laquelle le buteur a constamment progressé. Et pourtant, au début, ils étaient peu nombreux à croire en lui. Issu d'une famille de footballeurs (un grand-père sélectionneur et un père international), le petit Diego s'est d'abord essayé au tennis, jusqu'à l'âge de 14 ans. Lorsqu'il a été rattrapé par la passion familiale. Penarol puis l'Independiente en Argentine lui ont permis de s'aguerrir avant de débarquer en Europe, à Manchester United, là où tout à commencer. Là où tout a bien failli s'arrêter aussi.
S'il ne possède pas un gabarit impressionnant (1,81m, 75 kg) ni une technique foudroyante, Forlan est en revanche un joueur complet.
En Angleterre, sa première saison a tourné au calvaire : aucun but marqué, une association avec Van Nistelrooy qui ne fonctionne pas, des supporters qui le prennent en grippe, la déprime n'est pas loin. Quatre ans durant, Forlan va tenter de se faire un nom mais jamais il n'y parviendra. Heureusement l'Espagne ne lui en tient pas rigueur. Il rebondit à Villarreal, où il affole les compteurs, avant de rejoindre la capitale, Madrid, et son Altetico irrégulière au possible. Le pari est risqué mais gagnant. Là encore, il enfile les buts à la pelle (il est élu Soulier d'Or en 2005 et 2009) et devient «Le Sorcier», surnom attribué pour ses prouesses à répétition avec le ballon. S'il ne possède pas un gabarit impressionnant (1,81m, 75 kg) ni une technique foudroyante, Forlan est en revanche un joueur complet, qui ne rechigne pas devant l'effort et capable d'un exploit à tout moment.
«Il est rapide et peut frapper des deux pieds. Beaucoup de gens ne savent pas s'il est gaucher ou droitier. (Alex) Ferguson l'ignorait après avoir regardé des vidéos sur lui», se souvient notamment son père, Pablo Forlan, qui sait de quoi il parle pour avoir disputé les éditions 1966 et 1974 du Mondial. De loin, le blondinet, plutôt "beau gosse", ne ferait pas peur à une mouche. Mais à y regarder de plus près, ses adversaires ont souffert pendant un mois. C'est bien simple, Forlan était partout ! Outre ses cinq réalisations, qui portent son total à six buts en huit matches de Coupe du monde (avec celui inscrit contre le Sénégal en 2002), l'attaquant a surtout pesé sur les défenses et beaucoup tenté. Quelle que soit la distance. Sa grosse frappe de balle, il l'a utilisée à maintes reprises. Derrière Lionel Messi (22), il est deuxième joueur à avoir le plus tiré hors de la surface (21). Derrière Asamoah Gyan (33), il est aussi le deuxième à avoir le plus frappé (32), tout simplement. Avec 10 coups francs directs tapés, mais aussi 35 corners et 50 centres, «El Cachavacha» s'est démultiplié pour le bien de son équipe. Signalé hors-jeu seulement quatre fois durant toute la compétition, son repositionnement légèrement en retrait des deux pointes, après le match d'ouverture face à la France, l'a sans doute aidé. En partant de loin, il a aussi pu faire valoir son excellent jeu de passes. 54% d'entre elles ont trouvé preneur.
«Plus qu'un excellent footballeur et un grand professionnel»
Mais s'il est une autre qualité que Diego Forlan possède également, c'est son tempérament. Moins hargneux que ses compères sud-américains, il est néanmoins très combatif. Jusqu'au bout par exemple, dans la finale pour la troisième place, il s'est battu pour arracher le match nul face à l'Allemagne (2-3). Malgré une blessure à une cuisse, il a serré les dents. Et si son ultime coup franc n'avait pas trouvé la barre transversale à la dernière minute, qui sait si Forlan n'aurait pas fini meilleur buteur de la compétition... «Il y a beaucoup de bien à dire de Diego, qui est beaucoup plus qu'un excellent footballeur et un grand professionnel, il est là dans les grands matches», témoignait son entraîneur, Oscar Tabarez, quelques heures plus tôt. Lui au moins, il a répondu présent. Tout le monde ne peut pas en dire autant. - Hugues SIONIS